Une amende de stationnement ou un avis de contravention arrive par courrier, alors que le véhicule concerné ne correspond pas au vôtre, ou que vous n’étiez pas sur les lieux. Le numéro d’immatriculation inscrit dans le Système d’Immatriculation des Véhicules (SIV) comporte une erreur de saisie, et c’est votre nom qui apparaît comme titulaire. Ce scénario, loin d’être marginal, alimente une part croissante des contestations d’amendes en France.
Comment une erreur de saisie dans le SIV génère une amende injustifiée
Le SIV centralise l’ensemble des données d’immatriculation des véhicules circulant en France. Lorsqu’un professionnel habilité ou un agent enregistre une opération (changement de titulaire, nouvelle carte grise, correction d’adresse), une simple inversion de caractère dans le numéro de plaque ou dans l’identité du titulaire suffit à créer un lien erroné entre un véhicule et un conducteur.
A lire également : Quels documents fournir pour assurer votre voiture facilement
Le problème se déclenche en aval. Les radars automatiques, les contrôles de stationnement par lecture automatisée de plaque (LAPI) et les forfaits post-stationnement (FPS) interrogent tous le SIV pour identifier le titulaire du certificat d’immatriculation. Une plaque mal enregistrée redirige l’amende vers le mauvais titulaire.
L’erreur peut aussi provenir d’un ancien format de plaque, notamment les plaques dites « roses » encore en circulation sur certains véhicules anciens, dont la conversion vers le système SIV a parfois généré des doublons ou des rattachements incorrects.
A lire aussi : Obtenir le remboursement de ses frais kilométriques simplement et sans erreur

Contester un FPS ou un avis de contravention lié à une erreur d’immatriculation
Le recours dépend de la nature de l’amende reçue. Les démarches diffèrent selon qu’il s’agit d’un forfait post-stationnement ou d’une contravention issue d’un contrôle automatisé.
Forfait post-stationnement : saisir le RAPO
Pour un FPS contesté, la première étape passe par le recours administratif préalable obligatoire (RAPO). Ce recours s’adresse à l’autorité qui a émis le FPS, généralement la commune ou son délégataire. Le courrier doit préciser l’erreur d’immatriculation constatée et joindre une copie du certificat d’immatriculation prouvant que la plaque ou le véhicule visé ne correspond pas.
Si le RAPO est rejeté ou reste sans réponse, le recours suivant s’exerce devant la Commission du contentieux du stationnement payant (CCSP), juridiction spécialisée compétente en la matière. Le paiement préalable du FPS est requis pour saisir cette commission, ce qui constitue un obstacle financier réel pour le conducteur injustement mis en cause.
Contravention radar ou contrôle automatisé : la requête en exonération
Pour une amende issue d’un radar ou d’un contrôle de stationnement automatisé, la contestation prend la forme d’une requête en exonération adressée à l’Officier du ministère public (OMP). Cette requête doit être envoyée dans un délai de 45 jours à compter de la réception de l’avis. Les éléments à fournir :
- Une copie recto-verso du certificat d’immatriculation montrant que les données ne correspondent pas au véhicule verbalisé
- Le formulaire de requête en exonération joint à l’avis de contravention, complété et signé
- Tout justificatif prouvant l’absence du véhicule sur le lieu de l’infraction (attestation d’employeur, relevé de télépéage, ticket de stationnement horodateur dans une autre ville)
- Si l’erreur provient du SIV lui-même, une capture d’écran ou un courrier de l’ANTS confirmant la correction en cours
Ne pas consigner l’amende dans les délais ferme la porte à toute contestation devant le tribunal de police. Ce point piège de nombreux conducteurs qui attendent la résolution administrative avant de payer.
Faire corriger l’erreur à la source dans le SIV
Contester l’amende ne suffit pas si l’erreur de saisie persiste dans le SIV. Tant que la base n’est pas corrigée, de nouvelles amendes peuvent tomber pour le même motif. La correction relève de l’ANTS (France Titres), accessible via la plateforme en ligne ou par téléphone au 34 00.
Les professionnels habilités (concessionnaires, garages agréés) disposent d’un accès direct au SIV pour corriger une erreur qu’ils auraient eux-mêmes commise lors d’une opération d’immatriculation. La correction dans le SIV doit être demandée en parallèle de la contestation de l’amende, pas après.
En cas de difficulté pour obtenir la correction, les Maisons France Services proposent un accompagnement numérique. Le réseau couvre l’ensemble du territoire avec des points d’accueil situés à proximité.
Recours devant le Juge de l’exécution en cas de saisie ou recouvrement forcé
Lorsqu’une amende impayée (parce que non reçue ou ignorée en bonne foi) déclenche une procédure de recouvrement forcé, la situation s’aggrave. Le Trésor public peut engager une saisie sur compte bancaire ou une opposition administrative sur le véhicule, toujours sur la base de données SIV erronées.
Le Juge de l’exécution (JEX) est compétent pour annuler une saisie fondée sur une erreur d’identification, sur le fondement de l’article L. 121-2 du Code des procédures civiles d’exécution. Des retours de terrain de commissaires de justice signalent une augmentation sensible de ce type de recours.
Saisir le JEX nécessite d’assigner le comptable public responsable du recouvrement. La procédure peut être engagée avec ou sans avocat devant le tribunal judiciaire, mais l’assistance d’un professionnel du droit accélère le traitement, surtout lorsqu’il faut produire la preuve de l’erreur SIV en urgence pour obtenir la mainlevée.
Médiateur et Défenseur des droits : les recours complémentaires
En dehors du cadre judiciaire, deux voies permettent de débloquer une situation enlisée.
Le Défenseur des droits peut être saisi gratuitement lorsque l’administration refuse de corriger une erreur manifeste ou lorsque les contestations restent sans réponse. Son intervention porte sur le fonctionnement du service public, pas sur l’amende elle-même, mais elle force souvent une issue administrative.
Le médiateur de l’ANTS traite les litiges liés aux opérations de carte grise et d’immatriculation. Sa saisine intervient après l’échec d’une première réclamation auprès de l’ANTS.
- Défenseur des droits : saisine en ligne, par courrier ou via un délégué territorial
- Médiateur de l’ANTS : accessible après un premier échange infructueux avec le service
- Services Publics + : plateforme gouvernementale permettant de signaler publiquement une expérience administrative problématique

La difficulté principale reste le décalage temporel. Corriger le SIV prend plusieurs semaines, pendant lesquelles de nouvelles amendes peuvent s’accumuler. Documenter chaque étape (accusés de réception, captures d’écran, échanges avec l’ANTS) constitue le meilleur levier pour faire valoir sa bonne foi, que ce soit devant l’OMP, le RAPO ou le JEX.

